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Conférence nationale humanitaire à Paris, et après….

On peut dire sans conteste que la 3ème Conférence nationale humanitaire (CNH) a réussi son pari avec son programme dédié à la préparation du Sommet humanitaire mondial (SHM) des 23 et 24 mai à Istanbul. Si les médias et les parlementaires étaient rares, la salle quant à elle était pleine avec ses 400 participants tout au long d’une journée dense et bien organisée par le Centre de crise et le soutien du Quai d’Orsay, en lien avec les organisations humanitaires dans le cadre d’un comité de pilotage.

Je ne reviendrai pas ici sur l’ensemble des interventions et des débats dont le compte-rendu ci-dessous est une très bonne synthèse établie par Véronique de Geoffroy du Groupe URD.

En revanche, j’aimerai me concentrer ici d’abord sur plusieurs propos significatifs et ensuite questionner certaines priorités du Sommet d’Istanbul.

En introduction de la CNH, Antoine Gérard, chef du secrétariat du SHM, a particulièrement insisté sur la dimension politique du Sommet afin de mieux prévenir et régler les conflits ainsi que sur les engagements collectifs attendus à Istanbul alors que Philippe Jahshan, président de Coordination Sud, pointait du doigt avec raison le manque d’anticipation des crises par les Etats et leurs responsabilités.

En fin de journée, le commissaire européen en charge de l’humanitaire, Christos Stylianides, a déclaré avec force que nous ne pouvions plus continuer à faire comme d’habitude, ce qui anticipe assurément des changements du côté d’ECHO, tout en annonçant entre autre la création d’un corps médical européen soutenu par la France et l’Allemagne !

Si l’on peut regretter l’absence du ministre des Affaires étrangères, Jean Marc Ayrault, qui était en Ukraine, le nouveau secrétaire d’Etat au développement et à la Francophonie, André Vallini, nous a indiqué que les questions humanitaires constitueraient sa priorité tout en évoquant la nécessité de repenser les critères d’attribution de l’APD pour mobiliser des moyens de développement pour les populations menacées par des crises.

En clôture, j’ai personnellement insisté (vidéo ci-dessous) sur la double nécessité de maintenir une diversité d’acteurs et de bailleurs humanitaires afin de répondre au mieux à une grande diversité de situations, tout en optimisant la coopération, la coordination entre les divers opérateurs humanitaires, avec les acteurs nationaux notamment.

Cela m’a donné l’occasion d’attirer l’attention des participants sur le document publié par 12 ONG humanitaires françaises et Coordination Sud, lors de la CNH et en perspective du SHM, « Les ONG françaises s’engagent et demandent des résultats concrets ».

Et maintenant, en route pour Istanbul !

Je joins ici pour votre information la version française du Rapport du Secrétaire général pour le Sommet mondial sur l’action humanitaire dont je vous invite à prendre connaissance en raison des enjeux qu’il soulève.

Avec vous, j’aimerai simplement engager un débat sur quelques-uns des thèmes principaux du SHM et de ses possibles contradictions. Pour l’essentiel et c’est fondamental, nous sommes tous d’accord sur le fait que le système humanitaire international peine aujourd’hui à répondre aux besoins exponentiels des populations victimes de crise et qu’il n’est plus dimensionné face aux défis à venir. Comme le dit très bien Claus Sorensen, ancien directeur général d’ECHO et conseiller de Jean Claude Juncker à la commission européenne, « Nous sommes en vélo derrière un TGV ! ».

Le Secrétaire général des Nations-Unies, Mr Ban Ki-moon, a défini 5 questions stratégiques dans son rapport pour le SHM. La première contradiction pourrait résider l’opposition entre la nécessité d’une volonté politique plus effective pour prévenir et faire cesser les conflits et le respect des normes humanitaires. Nous sommes nombreux à ressentir que le politique cherche à embarquer l’humanitaire dans sa gestion des conflits et ceci est apparu en particulier lors de la dernière réunion à Bruxelles fin 2015 avec ECHO et ses partenaires.

Or, si les humanitaires doivent bien comprendre l’exercice politique de la responsabilité des Etats face aux crises, ceux-ci doivent respecter les principes humanitaires dont l’application stricte de la neutralité, de l’impartialité et de l’indépendance constituent une des conditions sine qua non pour accéder à toutes les victimes dans des pays en guerre civile.

Ainsi, ECHO ne peut pas permettre le recours à l’humanitaire comme instrument de gestion des conflits pour le compte du Service Européen pour l’action extérieure(SEAE), qui mène la politique étrangère de l’Union Européenne, en contradiction complète avec le Consensus européen pour l’aide humanitaire co-signé par les instances européennes (Conseil, Parlement, Commission), au risque de compromettre la sécurité des humanitaires et l’accès des secours aux victimes !

Seconde contradiction possible. On nous annonce comme une grande avancée l’implication des instances de développement dans les situations de crise et nous l’appelons de nos vœux. Cela fait 20 ans au moins que nous le proposons. Aussi, nous attendons que cette fois-ci soit la bonne et que l’on ne mette pas encore 20 ans à concrétiser d’autres bonnes idées issues du SHM !

Troisième risque à déjouer. Les capacités ne sont manifestement pas à la hauteur des besoins. Alors, même si les ressources financières ne peuvent pas être la seule réponse possible et que nous devons absolument optimiser les ressources existantes, notamment par la rigueur de notre gestion, par les partenariats et la suppression des duplications, il n’empêche qu’il faudra bien augmenter les budgets humanitaires. Ils s’élèvent aujourd’hui à 25 milliards de dollars et la communauté internationale doit mobiliser les ressources additionnelles suffisantes tant cet investissement représente une sorte d’assurance vie mondiale pour les victimes des crises. Le Proche-Orient est là pour témoigner de ce que le manque de ressources financières en 2015 a eu comme conséquences humaines et géopolitiques désastreuses pour tous !

Pour conclure provisoirement.

Le SHM sera le lieu où des propositions pourront s’exprimer et ou des engagements pourront être pris. La difficulté, c’est que si nous avons toutes les raisons de vouloir la réussite de ce Sommet, compte-tenu des enjeux considérables qu’il soulève pour l’humanitaire dans les années à venir, sa réussite dépend de l’ensemble des acteurs et principalement des Nations Unies. Et cela sans que nous sachions ce qu’il en sortira et si cela améliorera significativement la situation humanitaire.

Annexes

>Compte-rendu de la 3ème Conférence nationale humanitaire.
>Vidéo de l’intervention d’Alain Boinet en clôture.
>Document pour le SHM de 12 ONG avec Coordination Sud
>Rapport du Secrétaire général de l’ONU pour le Sommet Humanitaire Mondial. 

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À propos

Alain Boinet


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