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« Je réagis au post d’Alain qui rend compte de la CNH du 16 novembre dernier »

Voici un commentaire de notre ami Pierre Brunet qui nous questionne suite à la conférence nationale humanitaire. Merci pour le prochain commentaire qui est le bienvenu sur ce blog. Alain Boinet.

« Je réagis au post d’Alain qui rend compte de la Conférence Nationale Humanitaire du 16 novembre dernier. En effet, les débats furent très riches, denses, et souvent aiguisés, à tel point, d’ailleurs, que la contradiction de l’humanitaire à la française m’a de nouveau frappé : une histoire et un « ADN » (comme dirait Alain) fait d’engagement et de sens de l’action, souvent dans une tradition « libertaire » qu’a soulignée François Grünewald, mais, en même temps, un tropisme « intello », qui, parfois, donne l’impression que, tel le mille pattes de la parabole taoïste, nous ne parvenons plus à avancer, occupés et préoccupés que nous sommes à analyser et comprendre le mouvement de notre propre marche… Ors, j’ai toujours pensé que, à l’instar du judoka qui pense dans le temps même où il s’adapte à la situation par le geste adapté, nous devons, nous humanitaires « penser dans le mouvement », et non nous perdre à l’occasion dans un « qui sommes-nous, où allons-nous » qui, du point de vue d’un oublié Somalien, Afghan ou Congolais, pourrait sembler quelque peu surréaliste. Cette tendance, d’ailleurs, touche ses limites, de mon point de vue, quand on écoute un humanitaire aussi brillant, compétent et légitime que Rony Brauman, lequel se perd dans un système de réflexion et une posture intellectuelle fondée sur le contrepied qui peut toucher à l’absurde et au comique… Dans le même temps, si l’on a entendu s’exprimer le besoin de donner à l’humanitaire les moyens d’anticiper et de prévenir l’émergence de crises humanitaires, j’ai peu perçu le besoin, pourtant essentiel à mes yeux (et de plus en plus), d’anticiper, par une analyse géopolitique, sur les évolutions et bouleversements des rapports de force qui, sur le terrain, conditionnent pourtant notre action… ou son impossibilité. La situation du monde est, en vérité, le produit de la violence du monde, et il nous appartient, si nous prétendons être des acteurs lucides et efficaces dans le monde, de regarder en face cette réalité, et avec autant de compétence et d’expertise, si possible, que nous en employons à analyser l’évolution des « problématiques » » humanitaires…

Mais tout cela n’est pas l’essentiel. L’essentiel, comme le dit Alain, était que « tout le monde était là », ce qui en dit long sur cet engagement qui nous unit et nous habite tous, sur l’importance de cet évènement qui marque à quel point il est inimaginable, aujourd’hui, de se figurer un monde sans humanitaire, et sans humanitaires. Disons quand même que, si l’on prend la peine de l’ouvrir, le rapport établi par Alain et Benoît Miribel est d’une très grande qualité, en ce qu’il analyse et surtout synthétise remarquablement, le paysage actuel et à venir, les contraintes, les enjeux et les défis qui sont les nôtres. Avec tout l’engagement et l’expertise que nous avons entendu s’exprimer le 16 novembre dernier, et avec également la révolte et l’audace sans lesquels nous ne sommes plus rien, je ne doute pas qu’à l’occasion de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire, il apparaitra que nous avons su répondre à l’essentiel de ces défis… »

Pierre Brunet, écrivain, ancien volontaire et permanent de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, membre de son Conseil d’Administration.

 

 

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